L’appel à vivre autrement Hors·Les·Normes#1

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Edito

L’entendez-vous ? Il vient de partout. Du bocage, des villages, des forêts, des quartiers, des jardins, des friches industrielles. De la terre et du béton. Porté par le vent, il souffle et essaime. D’abord murmure devenu clameur, il se transforme en cri.
Vous l’entendez. Partout. L’appel à vivre autrement.
Nous ne l’avons pas seulement perçu. Nous l’avons senti. Depuis longtemps. Nous nous intéressions déjà aux Patrimoines Irréguliers, aux Anarchitectures, aux squats, aux Zones A Défendre… Nous étions de ceux et celles, habitant•es organisé•es souvent en collectifs, à rêver et à expérimenter des mondes autres.
Mais lorsque l’appel a retenti depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes jusqu’ici, à la Cathédrale de Jean Linard, il était temps de le relayer et de l’amplifier encore. Là-bas comme ici, les tentatives de penser, de s’organiser, de créer, de se relier, de lutter contre la capitalisation et l’uniformisation sont menacées.
C’est ainsi qu’est né Habiter et bâtir autrement, un cycle de réflexions et d’actions animé par des membres des associations Autour de la Cathédrale de Jean Linard, Patrimoines Irréguliers de France et la Coopération Intégrale du Berry (aujourd’hui dissoute).

Trois temps forts ont déjà été organisés : en octobre 2018 à la Cathédrale de Jean Linard, dans le Centre de la France ; en février 2019 sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique ; en juillet, à nouveau à la Cathédrale de Jean Linard. Les participant•es? Les habitant•es de ces lieux, des représentants de collectifs et d’associations, des universitaires, chercheurs, auteurs, artistes mais aussi plus largement le public. A travers des tables rondes, des projections de films, des présentations d’ouvrages ou des ateliers pratiques, ils étaient invités à s’interroger ensemble sur la question de la protection et de la pérennisation des lieux hors-les-normes que nous considérons comme des biens communs.
C’est le fruit de ces échanges que nous vous livrons aujourd’hui, à travers le premier numéro de notre journal. D’autres suivront, car la réflexion est toujours en cours et de nouveaux temps forts se préparent.
Entendez notre appel : défendons d’autres manières d’habiter et de bâtir le monde. Agissons pour que le Commun ré-enchante nos espaces, pour qu’ils ne soient plus subis mais réellement habités comme on est habité par un rêve, une vision, un désir.

A propos de la couverture

La Tribune

Comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes,
défendons d’autres manières d’habiter

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Photo : L’arrière de Saint Jean du Tertre, ZAD de Notre-Dame-des-Landes, 2016. Crédit : Cyrille Weiner.

ZAD

A l’origine, le terme ZAD est un acronyme administratif signifiant « Zone d’Aménagement Différé ». Il a été détourné par des activistes contestant de grands projets d’aménagement du territoire ; il désigne désormais une « Zone A Défendre ».
Lorsque l’État crée une zone d’aménagement différé, le droit de préemption s’applique pour les collectivités territoriales, qui peuvent alors acquérir prioritairement les biens immobiliers se trouvant sur ladite zone. Elles peuvent réaliser leur propre projet ou revendre à un promoteur privé.
C’est ainsi que naissent les aéroports dans le bocage, les lignes à très grandes vitesse dans les vignes, les barrages dans la montagne, les centres de loisirs dans les forêts…
Les occupants des ZAD s’y installent pour empêcher ce qu’ils dénoncent comme de grands projets inutiles. Ils ne se contentent pas de défendre la zone: ils l’habitent, y expérimentent de nouvelles formes de vie et d’organisation, fondées notamment sur l’habitat collectif et la démocratie directe.
La ZAD la plus connue en France est située à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Elle visait à empêcher la construction d’un aéroport, aujourd’hui abandonné. Les occupants qui restent entendent prolonger, voire essaimer les expériences engagées depuis dix ans sur le lieu.
Une dizaine de grands projets d’aménagement contestés en France donnent actuellement lieu à des occupations.

Photo : Metropoliz, Roma, 2018. Crédit : Danilo Proietti.

SQUATS

En anglais, le terme « squat » signifie « s’asseoir sur ses talons ». Et attendre ? Non… Il s’agit en fait d’occuper un logement sans droit ni titre, c’est-à-dire sans l’accord du propriétaire, donc d’y vivre. Par extension, le squat désigne aussi le lieu occupé.
Pour les activistes, le squat n’est pas seulement une manière de se loger à peu de frais ou d’occuper un lieu pour le défendre. Il constitue un véritable espace d’expérimentations : sociales, politiques, artistiques… Il interroge sur les notions de propriétés privée et collective, et leur préfère les valeurs d’usage et de bien commun. Il favorise l’autogestion.
Certains squats ont été institutionnalisés, comme à Paris mais aussi à Bourges, par exemple : Emmetrop a d’abord occupé illégalement une friche industrielle avant de devenir le pôle culturel incontournable (légal) de la ville.

Photo : La casa del Cavaliere de Giovanni Cammarata, Messine, Sicile, 1989. Crédit : Alberto Ferrero.

ANARCHITECTURES

Les anarchitectures sont des lieux de vie embellis par leurs propres habitant.e.s avec des techniques improvisées et des matériaux récupérés. Les anarchitectes bâtissent des structures et / ou donnent forme à des artefacts (assemblages, sculptures, peintures) qu’ils exposent dans leur habitat, débordant parfois jusqu’à envahir l’espace public. Chaque objet fabriqué ou réemployé n’est pas indépendant, mais interagit avec les autres et est indissociable de l’ensemble. C’est en raison de cette importance attachée plutôt à l’élaboration de relations, donc de paysage, qu’à celle des éléments matériels, que l’architecte Bernard Lassus a appelé ces habitants « habitants-paysagistes ».
Nées à l’intérieur d’un paysage et d’une culture, les anarchitectures réinventent la matière, la mémoire et l’identité d’un territoire. Le créateur offre en partage le produit visible de son imaginaire et de sa relation à l’environnement. Dans ces espaces, ont lieu une rencontre, un échange, entre l’individu et la collectivité.
Ces objets apparentés à l’art brut modifient un espace de vie personnel, mais aussi l’habitat collectif. Ils sont parfois dénoncés comme des constructions illégales. La Cathédrale de Jean Linard est un exemple remarquable d’anarchitecture.

Photo : El Jardin de la 10th, Manhattan, 2008. Crédit : Michela Pasquali.


GUERRILLA GARDENING

Pour lutter contre le délaissement, la privatisation ou l’artificialisation des espaces, des activistes font le choix du « guerrilla gardening » ou « guérilla jardinière » en français.
En milieu urbain ou en milieu rural, ils occupent des lieux abandonnés depuis longtemps, publics ou privés, en y installant des jardins vivriers et / ou fleuris.
D’une occupation à l’autre, leurs objectifs peuvent varier : interpeller les pouvoirs publics sur le droit à la terre ; recréer du lien dans un quartier ou un village en invitant les habitants à participer à l’occupation ; végétaliser un endroit bétonné ; transmettre la permaculture et sensibiliser à la biodiversité…
Le jardinage devient alors un mode d’action environnementaliste.
Depuis 2010, le quartier libre des Lentillières à Dijon a choisi ce mode de lutte pour s’opposer à la construction d’immeubles jugés inutiles. Les promoteurs sont la communauté d’agglomération et une société publique d’aménagement. Les collectifs Pot’Col’Le et Le Jardin des Maraîchères ont créé une dynamique qui permet d’occuper les terres à défendre.

ZAD

A l’origine, le terme ZAD est un acronyme administratif signifiant « Zone d’Aménagement Différé ». Il a été détourné par des activistes contestant de grands projets d’aménagement du territoire ; il désigne désormais une « Zone A Défendre ».
Lorsque l’État crée une zone d’aménagement différé, le droit de préemption s’applique pour les collectivités territoriales, qui peuvent alors acquérir prioritairement les biens immobiliers se trouvant sur ladite zone. Elles peuvent réaliser leur propre projet ou revendre à un promoteur privé.
C’est ainsi que naissent les aéroports dans le bocage, les lignes à très grandes vitesse dans les vignes, les barrages dans la montagne, les centres de loisirs dans les forêts…
Les occupants des ZAD s’y installent pour empêcher ce qu’ils dénoncent comme de grands projets inutiles. Ils ne se contentent pas de défendre la zone: ils l’habitent, y expérimentent de nouvelles formes de vie et d’organisation, fondées notamment sur l’habitat collectif et la démocratie directe.
La ZAD la plus connue en France est située à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Elle visait à empêcher la construction d’un aéroport, aujourd’hui abandonné. Les occupants qui restent entendent prolonger, voire essaimer les expériences engagées depuis dix ans sur le lieu.
Une dizaine de grands projets d’aménagement contestés en France donnent actuellement lieu à des occupations.

Photo : L’arrière de Saint Jean du Tertre, ZAD de Notre-Dame-des-Landes, 2016. Crédit : Cyrille Weiner.

SQUATS

En anglais, le terme « squat » signifie « s’asseoir sur ses talons ». Et attendre ? Non… Il s’agit en fait d’occuper un logement sans droit ni titre, c’est-à-dire sans l’accord du propriétaire, donc d’y vivre. Par extension, le squat désigne aussi le lieu occupé.
Pour les activistes, le squat n’est pas seulement une manière de se loger à peu de frais ou d’occuper un lieu pour le défendre. Il constitue un véritable espace d’expérimentations : sociales, politiques, artistiques… Il interroge sur les notions de propriétés privée et collective, et leur préfère les valeurs d’usage et de bien commun. Il favorise l’autogestion.
Certains squats ont été institutionnalisés, comme à Paris mais aussi à Bourges, par exemple : Emmetrop a d’abord occupé illégalement une friche industrielle avant de devenir le pôle culturel incontournable (légal) de la ville.

Photo : Metropolitz, Roma, 2018. Crédit Danilo Proietti.

ANARCHITECTURES

Les anarchitectures sont des lieux de vie embellis par leurs propres habitant.e.s avec des techniques improvisées et des matériaux récupérés. Les anarchitectes bâtissent des structures et / ou donnent forme à des artefacts (assemblages, sculptures, peintures) qu’ils exposent dans leur habitat, débordant parfois jusqu’à envahir l’espace public. Chaque objet fabriqué ou réemployé n’est pas indépendant, mais interagit avec les autres et est indissociable de l’ensemble. C’est en raison de cette importance attachée plutôt à l’élaboration de relations, donc de paysage, qu’à celle des éléments matériels, que l’architecte Bernard Lassus a appelé ces habitants « habitants-paysagistes ».
Nées à l’intérieur d’un paysage et d’une culture, les anarchitectures réinventent la matière, la mémoire et l’identité d’un territoire. Le créateur offre en partage le produit visible de son imaginaire et de sa relation à l’environnement. Dans ces espaces, ont lieu une rencontre, un échange, entre l’individu et la collectivité.
Ces objets apparentés à l’art brut modifient un espace de vie personnel, mais aussi l’habitat collectif. Ils sont parfois dénoncés comme des constructions illégales. La Cathédrale de Jean Linard est un exemple remarquable d’anarchitecture.

Photo : La casa del Cavaliere de Giovanni Cammarata, Messine, Sicile, 1989. Crédit : Alberto Ferrero.

GUERRILLA GARDENING

Pour lutter contre le délaissement, la privatisation ou l’artificialisation des espaces, des activistes font le choix du « guerrilla gardening » ou « guérilla jardinière » en français.
En milieu urbain ou en milieu rural, ils occupent des lieux abandonnés depuis longtemps, publics ou privés, en y installant des jardins vivriers et / ou fleuris.
D’une occupation à l’autre, leurs objectifs peuvent varier : interpeller les pouvoirs publics sur le droit à la terre ; recréer du lien dans un quartier ou un village en invitant les habitants à participer à l’occupation ; végétaliser un endroit bétonné ; transmettre la permaculture et sensibiliser à la biodiversité…
Le jardinage devient alors un mode d’action environnementaliste.
Depuis 2010, le quartier libre des Lentillières à Dijon a choisi ce mode de lutte pour s’opposer à la construction d’immeubles jugés inutiles. Les promoteurs sont la communauté d’agglomération et une société publique d’aménagement. Les collectifs Pot’Col’Le et Le Jardin des Maraîchères ont créé une dynamique qui permet d’occuper les terres à défendre.

Photo : El Jardin de la 10th, Manhattan, 2008. Crédit : Michela Pasquali.

Coin Lecture

Comité de rédaction

Fanny Lancelin
Danilo Proietti
Chiara Scordato
Roberta Trapani
Olivier Vilain

Avec les contributions de

Jean-Luc Johannet
Fanny Lancelin
Matthieu Morin
Danilo Proietti
Chiara Scordato
Roberta Trapani

Remerciements

Mario Del Curto
Luisa Del Giudice
Michela Pasquali
Cyrille Weiner
Ex-Asilo Filangieri

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